2017-03-16
L’Azerbaïdjan s’imagine en « hub 5 étoiles » de la Route de la soie

Situé à l’entrée de la vieille ville de Bakou, le Mugam Klub est un ancien caravansérail où les commerçants se rencontraient pour échan-ger des marchandises avant de les expédier vers d’autres destinations. C’est dans ce lieu sym-bolique transformé en restaurant que Taleh Ziyadov, directeur général du port de Bakou, donne rendez-vous à ses visiteurs. « La Route de la soie n’était pas simplement une route sur laquelle des caravanes circulaient, il s’agissait d’une succession de hubs à partir desquels les produits transportés étaient redistribués vers différentes destinations », rappelle-t-il. Du fait de sa situation géographique, au sud du Caucase, à la croisée de l’Asie et de l’Europe, la capitale de l’Azerbaïdjan envisage aujourd’hui d’occuper un rôle prédominant dans le développement des échanges Est-Ouest et Nord-Sud, que l’initiative « Une ceinture, une route » est en passe de dyna-miser.

« Du temps des caravanes, il existait des villes étapes importantes comme Samarcande, Bagdad, Istanbul. Elles constituaient les relais 5 étoiles de l’époque, en ce sens qu’elles ne rem-plissaient pas seulement la fonction de lieu de passage, mais qu’elles offraient de la valeur ajou-tée aux produits qui y transitaient. Il y avait un savoir-faire qui permettait d’embellir certains produits, dont les prix augmentaient alors et dont le fruit de la revente restait dans la région. C’est cette dimension qui, aujourd’hui, nous

intéresse, et que nous voulons mettre en va-leur », ajoute Taleh Ziyadov. A 70 km du centre de Bakou, le port d’Alyat constitue le premier élément du « hub 5 étoiles » que l’Azerbaïdjan compte mettre sur pied. Devant l’entrée du port, les dizaines de semi-remorques venus de Géor-gie, de Turquie ou même d’Ukraine montrent que l’activité de transit a déjà commencé. Les trains et les navires complètent un paysage. Ce-lui-ci devrait rapidement prendre une nouvelle dimension avec l’adoption de la loi sur la zone de libre-échange prévue pour le début de l’été 2017.

« Nous nous sommes appuyés sur notre ex-périence dans le domaine pétrolier pour créer les conditions idéales à la réalisation de notre projet », explique le directeur général du port de

Bakou. La nouvelle loi devrait offrir des garanties en termes de fiscalité, de simplification adminis-trative ou de protection des investissements aux entreprises étrangères désireuses de profiter d’un positionnement géographique favorable. D’après Taleh Ziyadov, les investisseurs sont déjà nombreux à se manifester et le succès de cette initiative devrait permettre au pays de sortir de sa dépendance à l’égard du pétrole.

Développer le réseau régional. C’est en effet l’un des enjeux importants pour le gou-vernement. Ce dernier se montre ainsi très actif dans le développement du réseau ferroviaire régional. La création de la ligne Bakou-Tbilissi (Géorgie)-Kars (Turquie), qui sera achevée dans

les prochains mois, en est une des illustrations. Tout comme les 500 millions de dollars fournis par Bakou dans le financement de la ligne Asta-ra- Rasht (Iran), laquelle doit être connectée au réseau Nord-Sud vers la Russie. La volonté de l’Azerbaïdjan d’être un acteur majeur dans la nouvelle configuration des échanges com-merciaux que la Chine envisage grâce à son initiative « Une ceinture une route » se retrouve également dans son engagement au sein de la Banque asiatique d’investissement pour les in-frastructures et dans sa participation au premier forum organisé par Pékin sur la nouvelle Route de la soie. Taleh Ziyadov ne manquera pas d’y défendre son idée de « hub 5 étoiles ».