2020-09-28

Nagorny Karabakh : que se passe-t-il entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan ?

Les autorités arméniennes ont décrété la mobilisation générale et la «loi martiale» dimanche 27 septembre, alors que de nouveaux combats meurtriers ont éclaté entre les séparatistes du Nagorny Karabakh, soutenus par l'Arménie, et les forces de l'Azerbaïdjan voisin. Ces nouveaux combats ont fait au moins 23 morts et une centaine de blessés. «La loi martiale et la mobilisation générale sont décrétées en Arménie. J'exhorte tout le personnel à se présenter aux commissariats militaires», a déclaré sur Facebook le premier ministre arménien, Nikol Pachinian. Un peu plus tôt, la présidence de la région séparatiste avait également décrété «la loi martiale et la mobilisation générale pour les plus de 18 ans» lors d'une séance extraordinaire du Parlement local.

Le président azerbaïdjanais Ilham Alievn a de son côté promis la victoire et assuré s'être emparé d'une zone stratégique. «L'armée azerbaïdjanaise combat aujourd'hui sur son territoire, défend son intégrité territoriale, porte des coups dévastateurs à l'ennemi. Notre cause est juste et nous allons vaincre», a-t-il dit. La loi martiale est également décrétée dans le pays et Bakou, la capitale, est sous couvre-feu.

«Le régime autoritaire (azerbaïdjanais) a de nouveau déclaré la guerre au peuple arménien», a rétorqué le premier ministre arménien Nikol Pachinian, lors d'un discours retransmis à la télévision nationale estimant que Bakou et Erevan étaient au bord d'une «guerre d'envergure» qui pourrait avoir «des conséquences imprévisibles» et s'étendre au-delà du Caucase.

Au moins 16 militaires séparatistes ont été tués, et plus d'une centaine blessés lors de ces combats, selon les autorités du Nagorny Karabakh. Les belligérants, qui se rejettent la responsabilité des hostilités, ont également fait état de victimes civiles. Erevan a annoncé la mort d'une femme et d'un enfant, tandis que Bakou a annoncé celle d'une famille azerbaïdjanaise de cinq personnes.

En juillet dernier, des combats transfontaliers entre l'Arménie et l'Azerbaïdjan avaient déjà suscité l'inquiétude de la communauté internationale. Mais l'ampleur de cette nouvelle escalade, avec la loi martiale décrétée en Arménie et en Azerbaïdjan, fait craindre cette fois une véritable guerre ouverte entre les deux pays. Ces derniers, en effet, se disputent la région autonome du Nagorny Karabakh. Un conflit ancestral, dont la réouverture pourrait entraîner l'intervention des puissances en concurrence dans la région du Caucase, la Russie et la Turquie.

Un conflit ancestral

Ces affrontements sont les plus graves depuis 2016, lorsque des heurts armés autour du Karabakh avaient failli dégénérer en guerre ouverte entre Erevan et Bakou. Aujourd'hui encore, ce regain de tension laisse craindre un embrasement du Caucase, région déjà instable. C'est ce qui a conduit dimanche la Russie mais aussi Paris et l'Union européenne à appeler à cesser le feu, tandis que la Turquie a apporté son soutien à l'Azerbaïdjan, évoquant une «agression arménienne».

En 1936, les Soviétiques ont tracé des frontières pour créer trois Républiques socialistes soviétiques : la Géorgie, l'Azerbaïdjan et l'Arménie. Des frontières sont établies, malgré d'importants mélanges de populations en Azerbaïdjan et en Arménie. Restait la région du Nagorny Karabakh - ou «Haut-Karabakh» -, que les Soviétiques laissent alors en Azerbaïddjan. Une situation contestée dès le départ par les Arméniens, alors majoritaires, à l'époque, dans la région.

En 1988, les Arméniens du Nagorny Karabakh se déclarent en sécession. Mais c'est à la chute de l'URSS que la situation s'envenime. Fin 1992, des combats de grande ampleur éclatent. La «guerre du Haut-Karabakh» fera alors près de 30.000 morts. Un cessez-le-feu précaire, signé en 1994 avec l'intervention de la Russie, ne cesse d'être régulièrement violé depuis. Depuis cette date, les autorités azerbaïdjanaises tentent régulièrement de reprendre le contrôle de la région, par la force si nécessaire. Des combats opposent régulièrement séparatistes et Azerbaïdjanais, ainsi qu'Erevan et Bakou, alors que des pourparlers de paix sont dans l'impasse depuis de longues années.

Mais ce statu quo est également le fait de jeux de deux grandes puissances régionales, la Russie et la Turquie, animées par des intérêts géostratégiques concurrents.

Turquie et Russie en embuscade

«Nous condamnons sévèrement l'attaque de l'Arménie contre l'Azerbaïdjan», a ainsi réagi dimanche le porte-parole de la présidence turque sur Twitter, assurant l'Azerbaïdjan du «soutien total de la Turquie». La Turquie, hostile depuis toujours à l'Arménie - dont elle refuse de reconnaître le génocide de 1915 par l'Empire ottoman - est au contraire proche de l'Azerbaïdjan, dont elle partage les racines linguistiques et la religion. Mais la Turquie a surtout des velléités territoriales qui remontent à l'Empire ottoman, agitées aujourd'hui par le président Recep Tayyip Erdogan.

La Russie a pour sa part appelé à «cesser immédiatement le feu et à entamer des négociations afin de stabiliser la situation». Dans ce conflit, le rôle de la Russie reste ambigü. Considérée comme l'alliée traditionnelle de l'Arménie, à qui elle fournit une grande partie de son équipement militaire, et où elle possède des bases militaires, la Russie partage également la même tradition chrétienne orthodoxe. Moscou semble cependant, depuis quelques années, s'être rapprochée de l'Azerbaïdjan, notamment via des ventes d'armements importantes.

Ce dimanche, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu a eu un entretien téléphonique avec son homologue russe Sergueï Lavrov au sujet du conflit transfrontalier, a indiqué une source diplomatique turque, sans donner plus de détails.

» À VOIR AUSSI - Haut-Karabakh: l'Arménie et l'Azerbaïdjan diffusent des vidéos des attaques.

https://www.lefigaro.fr/international/l-armenie-et-l-azerbaidjan-en-proie-a-une-nouvelle-guerre-dans-le-nagorny-karabakh-20200927?fbclid=IwAR3_EQh2F3q4n-t_XQn3P1jdymBj_DffTxM_GVXKp4eZcco0q4iJiPawG50

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