2021-02-05

Aghdam, village fantôme du Karabakh, attend la résurrection

Haut-Karabakh, Aghdam, 360 km de Bakou : le symbole d’une guerre de trente ans qui a pris fin le 10 novembre dernier après la signature du cessez-le-feu entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, sous l’égide de la Russie, et qui a mis fin à 44 jours d’intenses combats entre les deux pays ennemis. Depuis 1993, et le premier conflit du Karabakh, la ville, comme tant d’autres de la région, était passée sous contrôle du gouvernement et de l’armée séparatiste pro-arméniens, soucieux de réaliser leur rêve de grande Arménie. 800 000 Azerbaïdjanais avaient fui la guerre ou été chassés.  Une occupation à Aghdam qui n’a jamais donné lieu à la poursuite de son développement, l’installation d’une population arménienne, mais à un dépérissement progressif de toute la vie qui y régnait auparavant du temps des Azerbaïdjanais. Or, du temps de l’URSS, Azerbaïdjanais et Arméniens avaient appris à vivre en bonne harmonie depuis des décennies. Mais l’effondrement de l’Empire soviétique, avait réveillé de nouveaux appétits nationalistes. Aghdam était, comme Stepanakert (Khankendi pour les Azéris), de ces villes traditionnellement multiculturelles de la région qui allaient être rayées progressivement de la carte de l’histoire.

Il est difficile d’imaginer qu’au tout début des années 1990, le district d’Aghdam, extrêmement étendu, comptait près de 180 000 habitants, dont 25 000 dans la ville même devenue fantôme aujourd’hui. C’est au moment du premier conflit du Karabakh, entre 1991 et 1994, que Tarlan Iskandarova, 52 ans, a perdu les deux choses les plus chères qu’elle avait au monde : son mari, mort au combat à 26 ans, après trois mois de mariage, et sa maison qu’elle avait dû fuir, alors qu’elle était enceinte de sa fille : « Ma fille, c’est tout ce qu’il me restait de mon mari. On a tout abandonné, même les cadeaux de mariage ». Elle préféra fuir en juin 1993, de peur que d’autres massacres comme à Khojaly[1] surviennent. Il valait mieux tout perdre que perdre aussi la vie. Obligée de travailler par la suite, malgré la situation dramatique, elle mettra sa fille au monde loin de chez elle, puis la mettra à l’abri à près de 200 km du théâtre des hostilités, le temps que les choses se calment. Installée dans des tentes de fortune pendant des années, puis des années plus tard dans un bel appartement offert par l’État, elle touche depuis une pension plus importante que le salaire moyen dans le pays.

https://atlantico.fr/article/decryptage/aghdam-village-fantome-du-karabakh-attend-la-resurrection-bakou-azerbaidjan-sebastien-boussois

 

 
 
 

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